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Portrait : Rébecca Cathline, serial startupeuse afro (Partie 1)

Emploi & entreprenariat


©️Rebecca Cathline

Macoiffeuseafro… la génèse

Derrière l'idée d'un besoin, un marché à professionnaliser non encore exploité dans le secteur de la coiffure. Découvrez derrière le concept Macoiffeuseafro, une entrepreneuse engagée…


Rencontre de Rébecca Cathline à la station F, fleuron de la french Tech française.

De la naissance à succès de la plateforme Macoiffeuseafro.com en 2016, Rébecca et son associé Emmanuel Derozin se décident en à peine deux ans de créer un  nouveau « market place » qui met en relation d’affaires des salons professionnels en recherche de diversification de clientèle et des indépendants du monde de la beauté en recherche de « siège » et de lieux qualitatifs pour leur clientèle. Owseat arrive très bientôt.

Avant, on voulait en savoir plus sur la plateforme Macoiffeuseafro et sur sa co-fondatrice Rebecca Cathline, entrepreneuse engagée et ambitieuse.

Je découvre une jeune femme de 30 ans (qui en paraît 20) de père ivoirien et de mère Marie-Galantaise, à l’allure urban chic qui ressemble à beaucoup de fondateurs de start-up. Elle est dynamique, souriante, très accessible et surtout déterminée. Nüdiversity voulait en savoir plus sur Rebecca Cathline l’entrepreneuse et startupeuse afro inspirante pour toute porteuse de projets; avec comme femme et mentor en filigrane, sa mère.

Un parcours atypique

Elle nous parle de la genèse de sa société…

Rébecca Cathline (R.C) : « Je suis la fille d’une esthéticienne qui a géré plusieurs instituts de beauté. J’ai travaillé dans le secteur du web marketing chez Truffaud et à Venteprivée.com. J’ai profité d’un licenciement économique pour monter ma société et créer Macoiffeuseafro. En 2015, je me suis rendue compte d’un réel besoin et d’une vraie problématique dans le secteur du cheveu afro. C’était trop compliqué pour moi de trouver une coiffeuse qui me convienne…»

J’ai eu un déclic une fois que j’ai écouté une interview de Christiane Taubira qui disait avoir fait venir sa coiffeuse de Guyane pour lui faire ses tresses. Je trouvais ça scandaleux d’avoir besoin de faire venir sa coiffeuse d’aussi loin pour être bien coiffée. Je trouvais anormal qu’en 2015 à l’époque, ce soit aussi compliqué pour une femme qui a des cheveux crépus ou frisés, qu’elle soit noire ou métisse, de ne pouvoir être coiffée dans de bonnes conditions. On a trop souvent eu des expériences dans de mauvaises conditions de confort dans certains salons... c’est suite à tous ces constats que Macoiffeuseafro est né ».

Vous avez eu beaucoup de prix notamment dans la Tech, allez-vous en participer à d’autres ?

 (R.C) Pour l’instant non. Cela demande beaucoup de temps et d’investissement pour construire les dossiers. Et là nous sommes en pleine recherche de levée de fonds pour le développement de la plateforme. Par contre, ce que j’ai apprécié dans la participation à ces prix, c’est d’avoir des feedback sur mon projet. J’ai eu mon premier prix avec BFM business alors que je n’avais pas encore mis en ligne la plateforme macoiffeuseafro.com . J’avais  juste une page Facebook. J’ai été contacté par eux pour me dire que je faisais partie des finalistes. Je n’arrivais pas y croire ! J’ai fait une vidéo en une nuit et préparé un dossier. J’avais besoin surtout d’un avis sur mon projet avec un jury d’experts. Ce prix m’a permis de me dire que mon projet était bon et donc de me lancer et d’aller jusqu’au bout de mon idée.

Qu’est-ce que vous retirez de vos participations dans des réseaux d’incubateurs ?

(R.C) L’échange, le partage, le fait d’avoir rencontrer de bonnes personnes qui m’ont guidé et donné beaucoup de conseils.

En tout cas, je suis contente d’être dans cette époque parce qu’on sent une vraie évolution. Même si on doit rester déterminé, et souhaiter qu’il y ait toujours une nouvelle génération de gens issus de la diversité pour reprendre le flambeau et aller encore plus loin.

Rien n’a été simple en terme d’aide pour moi. J’ai tapé chez les incubateurs, dans différents réseaux qui m’ont dit : « on ne comprend pas votre modèle économique, ni l’intérêt de finaliser votre projet ».

Je n’ai rien lâché car beaucoup ont voulu me dissuader de continuer notamment un réseau féminin incubateur très connu. Si je les avais écouté, je  n’aurai même pas essayé, ils m’ont même conseillé d’arrêter mon projet.  Je me suis dit : « Ok, vous ne voulez pas de moi alors je vais vous montrer que mon projet est viable et bon, qu’il y a un besoin et un développement possible ». Ca m’a encore plus motivée pour combattre leurs préjugés. Je me suis dit : « Ils vont voir… je vais intégrer le réseau le plus sélectif de Paris avec une vision internationale, le Numa. Parce que mon but était d’améliorer une situation et un service qui n’étaient, jusqu’alors, pas pris en compte avec une grande possibilité de développement en terme d’affaires. Mais mon intérêt c’est qu’on parle plus de ma boite que de moi ». 

Quel est votre esprit Rébecca ?

Je n’aime pas particulièrement me mettre en avant. Je trouve plus d’intérêt qu’on parle avant tout de ma boite plus que de moi. D’ailleurs on est deux associés et très complémentaires. Avec pour but de montrer dans nos banlieux en général que l’entrepreneuriat est possible. Certes pas facile du tout mais faisable et nous en sommes l’exemple.

Quels ont été vos freins ?

(R.C) Financiers parce qu’on n’avait pas forcément le budget mais ça ne l’a pas été vraiment non plus. On a essayé de bien faire mais avec peu. On a démarré avec zéro. C’’est par la suite qu’on a eu des subventions. Si on a des compétences, un PC, une bonne idée et qu’on est très motivé, c’est tout à fait faisable. Mais j’ai eu la chance aussi d’avoir des parents qui m’ont soutenu, conforté et poussé. Par contre, il faut faire avec ce que l’on a, être surtout très travailleur et motivé. Mon but premier est de changer et professionnaliser un marché.

Qu’est-ce que vous appréciez dans votre statut d’entrepreneuse ?

(R.C) Ce que j’aime c’est innover. En novembre, nous avons fait un salon éphémère avec de la coiffure et une makeup party pendant un week-end. L’idée était de nous rapprocher de nos consommatrices et de les rencontrer dans un lieu ultra tendance et cocooning. On a pris tous les rendez-vous en une journée. C’était un vrai succès !

On veut toujours aller au plus près de nos utilisatrices. On avait mis également en place des tutos-vidéos avec nos coiffeuses partenaires. On veut être au plus proche de nos consommatrices et leur proposer des nouveautés.

Avez-vous prévu de vous développer sur le reste de la France ?

(R.C) Oui c’est l’objectif. On veut faire des levées de fonds pour un développement national au départ afin de consolider la société. Notre objectif sur la France est d’avoir 1000 coiffeurs.

Comment fonctionne le modèle économique de Macoiffeuseafro  ?

(R.C) On fonctionne par commission à 18%. On a 50 000 utilisatrices et 150 coiffeurs sur l’Ile de France.

Quelles sont les conditions des personnes sélectionnées sur votre plateforme Macoiffeuseafro ?

(R.C) On fait une pré-sélection avec une inscription des coiffeuses sur la plateforme. On leur propose une session de tests en passant sur des têtes malléables. Il y a deux types de tests sur des coiffures comme les tresses, vanilles, nattes... et sur les parties techniques (défrisage, coloration). Cela nous permet de réaliser si la coiffeuse est capable de réaliser les coiffures demandées et d’être technique. On peut voir également leur présentation, ce qui pour nous est extrêmement important. On a besoin de savoir comment la coiffeuse s’exprime, se présente et comment elle « tient » le cheveu. Selon nos sessions de tests, seulement une coiffeuse sur cinq est validée.

Vos tests sur vos coiffeurs partenaires sont dans la pré-sélection mais quel est votre suivi ? 

(R.C) D’abord on a une notation faite par les clientes après la prestation du professionnel partenaire de Macoiffeuseafro. On contacte également les clientes à l’aveugle, on fait du « reporting » sur le mois pour chaque coiffeur. On se rend très vite compte de la qualité des coiffeurs. Notre intérêt c’est que toutes nos clientes soient satisfaites. On accompagne nos clientes comme nos coiffeurs parce que notre plateforme est responsable éthiquement parlant. 

N’y a t’il pas de problème d’assurance due à une responsabilité du coiffeur face à son client  dans votre business model ?

 En terme de responsabilité, nous sommes un « market place » et un intermédiaire donc nous ne sommes pas responsable des prestations faites par le coiffeur. Par contre, on fait un très gros suivi pour sécuriser les choses au maximum pour la cliente comme pour le coiffeur. On fait beaucoup de prévention sur les applications et l’éthique de nos coiffeurs partenaires. On les alerte sur l’hygiène, la prévention comme l’alopécie mais cela se fait lors de nos sessions de recrutement. On agit beaucoup au niveau de la prévention pour légitimer leur activité.

De plus, notre idée est de professionnaliser un marché donc nous nous devons de suivre toutes les parties. Et la plateforme a été gérée par un cabinet d’avocats pour une protection juridique maximale. Par contre, question diplôme, c’est difficile puisqu’un diplôme sur la coiffure afro en France est encore inexistant pour le moment.

Est-ce que vous ferez de la formation ?

(R.C) Pour l’instant non, on est dans un  autre métier pour moi…

Quels sont les critères de diplômes de vos coiffeurs partenaires ?

(R.C) Cela dépend sur quelle famille de coiffage on fait les sessions de recrutement. On demande un diplôme (Cap, BP) pour tout ce qui concerne la coloration ou les techniques de défrisage par exemple. Mais sur de la coiffure dite éphémère (vanille, locks, tresses) on aimerait bien demander un diplôme sauf qu’il n’y en a pas. 

Pourtant il y a eu pleins d’initiatives pour créer des centres de formation sur la connaissance et la pratique du cheveu afro et frisé.

(R.C) Plus ou moins. Les instances que nous avons contactées nous ont proposé de faire juste un complément de formation avec une certification sous forme de volontariat. Ce « volontariat » me gêne car le cheveu afro et frisé est un sujet qui touche plus de 20% de la population française, et qui ne devrait pas être mis dans une simple certification. Cela devrait faire partie de manière intégrale à la formation coiffure.

Pour moi, il faut se réveiller… on est le pays dans toute l’Europe où il y a deux arrondissements dédiés à la coiffure afro. Cela n’existe nulle part ailleurs. Sans compter ce qui est informel. C’est un gros marché qui est vecteur d’emplois. Pour moi, c’est évident. On dit que le chiffre d’affaires de la coiffure baisse mais est-ce qu’on dit à tous les coiffeurs : « Essayez d’élargir vos compétences. On va vous former sur d’autres types de cheveux car les femmes afros ou métisses se font coiffer une à deux fois par mois. Personne n’a essayé de réfléchir de cette manière… »

Quels sont vos projets d’embauche ?

(R.C) Le plus possible selon l’expansion de nos plateformes et nos besoins. L’idée de Macoiffeuseafro est de donner la visibilité et de normaliser le monde de la beauté en général même si le gros frein, c’est la formation. En France, c’est encore embryonnaire pour ne pas dire inexistant les personnes formées sur tout type de cheveu dont le cheveu afro ou frisé. On a fait beaucoup de démarches pour faire bouger les lignes auprès des instances compétentes,  j’ai même fait un article sur le Huffington Post sur ce sujet. C’est un sujet vraiment tabou en France… la formation du cheveu afro. Mais on reste déterminé à ce que cela change.

Que pensez-vous des salons généralistes qui font des corners ethniques ?

(R.C) Sourire… Ca me rappelle l’époque de Rosa Parks. Le fait de faire des « corners » pour les Afros dans des salons généralistes, c’est quelque chose dans lequel je ne me sens pas à l’aise. On nous fait payer deux fois plus cher les prestations que les autres dans ces salons. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai arrêté d’y aller. Au bout d’un moment, il faut faire des services de qualité pour ces femmes en les considérant vraiment. Par exemple avec la marque Fenty Beauty de Rihanna, quoiqu’on en dise, cela a permis à certaines personnes de voir que l’on vit dans un monde où la diversité est importante et leur représentation est toute aussi importante.

Quels sont vos messages pour les professionnelles et entrepreneuses issue de la de la diversité ?

(R.C) « N’ayez pas peur de donner une belle image de votre métier. Pour les coiffeuses qui peuvent passer 4h sur une même tête, vous faites un travail magnifique, votre métier est beau et dur. Il faut qu’il y ait une plus belle image de la coiffure afro en France. Et cette image commence par vous.»

Pour moi c’est aussi une chance de pouvoir transformer tout çà et surtout de le transmettre aux générations suivantes. Quant aux personnes qui souhaitent se lancer : « N’ayez pas peur ! Ne vous mettez pas de barrières même si vous n’avez pas de réseau ou de finance. Aujourd’hui, on a la possibilité dans beaucoup de choses. On a des incubateurs, on a des soirées networking, des forums et salons d’entrepreneurs qui se font très souvent. On n’a pas d’excuses si on a envie d’entreprendre. On a même des bons bouquins... Et si on a une idée, il vaut mieux se lancer et tester ou se tromper. Mais au moins quand on ose, on n’a aucun regret plutôt que d’avoir des regrets toute sa vie de n’avoir rien fait ».

3 mots pour vous décrire en tant que femme.

(R.C) En tant que femme, je suis déterminée, je lâche difficilement l’affaire. J’aime le partage avec les gens et échanger car je trouve que c’est ça qui fait avancer. Et Macoiffeuseafro c’est aussi le respect car la plateforme n’est rien sans l’équipe donc je suis respectueuse. 

Votre mot de la fin.

(R.C) Merci à toutes les personnes qui ont contribué à Macoiffeuseafro.

 

www.macoiffeuseafro.com

06/03/2018 - 12:24 par Leslie Carombo

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