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Femmes, diversité & business (volet 1)

Toutes Rédac


Nüdiversity-Adele.I

Dépasser les carcans à la française

Etre de celles qui réussissent à braver et dépasser les barrières à l’emploi, à l’entrepreunariat et les barrières sociales. Témoignage de Adèle. I, entrepreneure.


La rédaction de Nüdiversity donne la parole à des femmes.

 

NON, je ne veux pas être mise dans des cases. Je déteste les limites et stéréotypes que l’on m’impose dans la société française. Pourquoi je suis en tant que femme, entrepreneure, noire, de 45 ans, divorcée, mère de deux adolescents et issue de la banlieue, une insoumise aux carcans à la française ?

Je refuse de me contenter du minima, de ne pas avoir la possibilité d’être sérial entrepreneure sans avoir un protecteur occidental, qu’on me refuse le droit de vivre à Paris, en province ou dans une banlieue apaisée où les gens se côtoient sans se détester. Je n’aime pas voir dans les yeux des gens la peur de l’Autre. Qu’on se sente différent par ses origines ou sa couleur, obliger de s’enclaver, sans apprendre à connaître et apprécier la mixité, la diversité. Je me refuse de devoir fréquenter uniquement des gens  issus de l’immigration ou descendants d’immigrés ou de colonisés uniquement parce que je suis noire. Pourquoi doit-on rester ou fréquenter uniquement des gens qui nous ressemblent ou qui vivent certaines de nos difficultés ?  J’adore observer que mes fréquentations soient si diversifiées. C’est ma France à moi, c’est ma vie de femme d’aujourd’hui.

 

Certes, je n’ai pas de grosses difficultés. Je fais partie des gens dits « intégrés » même si cela n’a aucun sens pour moi puisque née française, je suis aller à l’école de la République et j’ai travaillé dans des entreprises françaises comme étrangères. Je vis dans une banlieue plutôt privilégiée. Ma vie a été jusqu’alors à certains moments difficile mais pour qui elle ne l’a pas été ? Surtout quand on a une couleur ou une origine différente de la France « blanche » alors qu’on est française soi-même ou tout simplement parce que je suis une femme et encore mieux… une femme noire. Mais cette vie que je mène est plutôt bien protégée.  Je me suis battue pour, comme beaucoup de femmes issues de la diversité.

Par contre, je revendique le droit et l’envie de fréquenter toutes les origines, toutes les cultures, toutes les religions, toutes les catégories sociales quand je veux, où je veux. J’aime avoir le choix.

D’ailleurs c’est ce que j’aime le plus… avoir l’air de suivre les règles en étant un peu insoumise à celles-ci. Réussir à dépasser tous les clivages. Et même si bien souvent cela m’a porté préjudice au travail ou dans la vie ; je continue mon chemin aussi semé d’embûches qu’il soit quelques fois. C’est sans doute mon côté rebelle sous des airs dociles. Sans doute parce que je suis une femme et que mon histoire de vie m’a rendue ainsi.

Mais je pourrai être et me sentir mieux en France. En étant mieux considérée tout simplement.

" Pourquoi lorsque je vais à des événements digitaux, d’entrepreneurs, de leadership (même féminin), de politique, de science et consort; ou simplement à des événements mondains et « non -racisés » qui m’intéressent, on me regarde en se demandant si je ne me suis pas trompée d’endroit. Pourquoi n’aurais-je droit à de l’intérêt, à de la visibilité, à la culture, à l’emploi, à l’entreprenariat, comme tout autre français comme moi parce que je ne suis pas de la "bonne" couleur. Pourquoi dois-je toujours justifier de mes origines à ces événements comme si c’était la première question à poser ou la première approche censée à avoir ? "

Je refuse de devoir justifier le fait que je sois indépendante, militante, féministe et avec une âme profonde d‘entrepreneure. Comme si en tant que femme noire je n’ai pas à être tout cela à la fois. Le leadership a une couleur ? Je ne crois pas !

Mon tempérament, mes ambitions, mes actions sociales ou entrepreneuriales ne doivent pas être dirigés uniquement par ma(mes) différence(s). Je me refuse à cela.

J’accepte qu’on me traite de « bobo » même si je ne me sens pas tant bobo que ça. Je me sens tout simplement moi… faite d’ambivalences, d’ambitions, de revendications, de militantisme et d’envie de sérénité et de mixité. Tout ça à la fois !!

Il paraît que je suis une femme de mon temps. Mais trop souvent on me le ressasse comme si c’était une tare. Alors que c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire.

 Je refuse de me dire que je n’ai pas le droit d’avoir de hautes ambitions, que je ne suis rien sans un homme protecteur à mes côtés. Je refuse aussi de ne pouvoir rêver grand et en grand, et surtout je refuse d’être cataloguée. J’exècre d’être la femme de… la fille de banlieue… la noire assimilée ou intégrée… la senior à 45 ans, la mère divorcée… comme si tous ces parties de ma vie font de moi quelqu’un qui ne peut réussir ou avancer.

C’est là la différence entre une vision étriquée et très « française » de cataloguer les gens, à une vision plus ouverte et combative à l’anglo-saxonne. Pour un Anglo-saxon, je suis un haut potentiel par toutes mes expériences. Pour un Français, je suis un profil « atypique » ; mais dans le mauvais sens du terme.

On peut avoir du mal à me "mettre dans des cases", dans la vie comme au travail. Oui, et alors ! Il faut changer ses mentalités trop franco-françaises et archaïques. Vivons avec notre temps !

J’aime être « atypique » et ça m’énerve de devoir m’en cacher ou de minimiser mes erreurs de parcours, mes combats mais aussi mes ambitions et mes réussites. D’ailleurs je ne suis pas si sûre d’être atypique. Mais pour la France je le suis.

Il m’est arrivé certaines fois (trop souvent) de regretter que mon histoire, ma vie ne ce soit faite qu’avec cet « esprit français ». Moi-même je me rends compte que j’ai assimilé cet esprit certaines fois qui m’a empêché d’aller plus loin, plus vite, plus haut. Je me suis sentie en prison ou pas à ma place, à cause de ce fonctionnement "à la française". Ma vision a été biaisée par cette société qui adore cataloguer (surtout les gens différents ou issus de la diversité) alors que d'autres pays cultivent ces différences et s'enrichissent d'elles.

Sans doute que l'éducation que l'on m'a donnée à souvent faire profil bas, être plus docile et effacée, à ne pas rêver "trop" quand on est Noire, a crée cette prison psychologique que beaucoup d'entre nous avons gardé longtemps. Mais les choses changent avec ma génération et les suivantes. Fini ! Nous ne tairons ni n'étoufferons plus nos ambitions, femmes, noires ou pas.

Quelques fois je me pose et j'observe toute cette mixité, cette liberté et ces ambitions qui suintent de partout chez les femmes de ma famille et dans ma vie. Et je me dis que je ne pouvais être autrement moi-même. Mon esprit rebelle m’a interdit de brimer mon ambition ou mes rêves, même si je n'y arrive pas toujours. C'est pourquoi je me refuse encore et toujours de les penser comme des tares ou une gangrène à éradiquer en moi.

J’ai essayé, raté, pleuré certaines fois, crié à l’injustice d’autres fois, perdu espoir d’autres fois encore. Mais surtout j'ai continué à revendiquer et me battre (jusqu'à la mort). J’ai refusé et refuserai toute ma vie qu’on m’empêche de vouloir, de rêver, de pouvoir et d’y arriver. Et c’est ce que j’apprends à mes enfants aujourd’hui.

Ma vie de femme, de mère, d’entrepreneure issue de la diversité comme on dit, sont mes combats et j’en suis fière. Ils font partie de moi, de celle que je suis devenue et que je vais devenir dans les prochaines années encore. Ces barrières je les casse, une à une, peu importe le temps que cela prend. Toujours trop lentement à mon goût. Mais quelle fierté de me dire que je n’ai pas à rougir de mon parcours même si je ne suis pas encore arrivée à mon graal.

Ma façon de dire les choses peut paraitre manquer d’humilité mais croyez moi, il n’en est rien. Je suis en train d’apprendre à 45 ans (enfin) à ne plus être « trop humble », mais à le rester juste un peu pour ne pas perdre mon âme.

J’avance malgré tout et plutôt bien. En étant et en apprenant à encore plus être moi... tout simplement. Je suis bien dans ma génération et assez bien globalement dans la société française, peu importe mon âge, mes origines, mon cursus, mon niveau social, mon lieu de vie ou mon histoire. Et je continue à rêver, me donner les moyens de réussir.

Bien sûr, j’en veux encore plus. Et je ne veux pas qu’on me dise : « tu n’y arriveras jamais, tu n’as pas le réseau suffisant, vos communautés ne sont pas assez organisées ou socialement et économiquement impactantes dans la société française et occidentale en générale… ça sera très difficile… »

Je sais tout çà. Je rejette juste qu’à chaque étape de ma vie en tant que femme, entrepreneure et curieuse du monde et des gens, qu’on me mette des freins. Je refuse ces cases qu’on cherche à m’imposer.

J’ai dû, en 21 ans de carrière professionnelle, passer par la fenêtre, la cheminée ou la cave parce qu’on m’a fermé les portes. Et je suis toujours là ! Malgré les détracteurs, les empêcheurs de tourner en rond, les jaloux ou les donneurs de leçons, même ceux qui subissent des choses similaires à moi. Peut-être pas encore au niveau que je me suis fixée mais je me battrais jusqu’au bout pour atteindre chacun de mes rêves, chacune de mes ambitions et sans perdre mon âme. Peut-être que je devrais m’expatrier comme beaucoup d’entre nous ; soit disant « trop atypiques » ou ambitieux pour la France, pour revenir (peut-être) un jour dans ce pays qui nous a permis de faire nos études, commencer à travailler mais qui ne voulait pas qu’on aille plus loin ou qu’on rêve de casser le plafond de verre.

A toutes les femmes et encore plus à celles à qui la vie ne fait pas de cadeaux, et qui se battent et réussissent. Témoignez, aidez, soyez des exemples pour toutes celles qui se croient seules, qui désespèrent ou qui attendent. Surtout les plus jeunes. Je serai ravie qu’on échange…

Adèle.I

 


29/01/2018 - 09:54 par La rédaction

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